Le yuan menace la toute-puissance du dollar par Caroline Galactéros

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L'Eurasie savoure la chute du dollar - pourquoi tu boudes Rothschild?  dans ECONOMIE/BANQUE petrole

Le yuan menace la toute-puissance du dollar

Une information relayée par le “Nikkei Asian Review” est passée relativement inaper­çue bien qu’elle pourrait avoir des répercussions géopolitiques majeures. La Chine s’apprête à lancer des contrats pétroliers à terme libellés en yuans et convertibles en or sur les marchés de Shanghai et de Hong Kong. Le but de la manœuvre serait de concurrencer le dollar comme monnaie de référence pour le commerce du pétrole. En plus de favoriser la montée en puissance de la Chine, cette alternative au billet vert permettrait aux pays en froid avec Washington de s’affranchir d’éventuelles sanctions économiques amé­ricaines.

 

Comment analysez-vous la décision chinoise d’introduire des contrats pétroliers à terme libellés en yuans et convertibles en or à Shanghai et Hong Kong ?

 

C’est un signal fort de la progression d’un mouvement lent mais constant et puissant vers une dédollarisation de l’économie mondiale qui a d’ores et déjà des implications géopolitiques majeures. Le yuan pourrait devenir la monnaie de référence pour régler les achats de pétrole sur l’immense marché eurasiatique et, à long terme, sur le marché européen. Ce mouvement s’inscrit dans le cadre chaque jour plus concret du projet chinois des “Nouvelles routes de la soie”. L’enjeu est la domination économique mais aussi politique de l’Eurasie et des circuits mondiaux de l’énergie. On est en train d’assister à l’émergence d’un monde alternatif, qui va remettre en cause drastiquement l’hégémonie américaine et imposer une nouvelle bipolarité Washington-­Pékin autour de laquelle les “clientèles” actuelles devront progressivement se repositionner. Il s’agit aujourd’hui de les attirer et de les rassurer pour mieux les conquérir.

 

En quoi est-ce important pour les Etats-Unis de conserver une devise dominante pour les échanges pétroliers ?

Pour enrayer l’affaiblissement du dollar consécutif à l’abandon de l’étalon­-or par le président Nixon en 1971, les USA ont passé un accord avec les Saoud en 1974. L’Arabie saoudite a alors accepté de ne vendre son pétrole qu’en dollars en échange de la protection américaine et du recyclage de ces dollars dans l’économie américaine. Cet accord a donné naissance au “pétrodollar” et contraint le monde entier à faire ses achats d’énergie (et progressivement tous les autres aussi) dans cette monnaie, scellant la toute­-puissance politico-­économique américaine sur le reste du monde. Cette position monopolistique du billet vert a permis à l’Amérique de mettre sous pression puis sous sanctions économiques des pays ennemis ou récalcitrants. Jusqu’à récemment, le billet vert était la seule devise d’échange du commerce du pé­trole. Si ce monopole devait tomber, le chantage américain aux sanctions ne marcherait plus. Or, la devise chinoise concurrence de plus en plus le billet vert.

 

A quel point le yuan concurrence-t-il le dollar ?

Au niveau mondial, la place du dollar est toujours centrale mais elle est déclinante. La Russie, l’Iran, l’Angola, le Bré­sil et, plus récemment, le Venezuela ont accepté que leur pétrole soit payé en yuans. Avec ce futur contrat libellé en yuans et convertible en or, la Chine va beaucoup plus loin. Les acheteurs potentiels vont être rassurés par la convertibilité du yuan en or. L’avantage pour la Chine est qu’elle gardera la main sur la conversion du yuan en or physique, car celle­-ci se fera uniquement à Shanghai et à Hong Kong. En outre, Pékin fait pression sur Riyad afin que l’Arabie saoudite accepte que son pétrole soit aussi payé en yuans. Cette bascule paraît encore impensable aujourd’hui et l’attitude américaine dé­sormais ouvertement belliqueuse envers Téhéran vise sans doute aussi à rattraper l’allié saoudien. Mais le jour où Riyad acceptera d’être payé en yuans, ce sera un cataclysme, la fin du pétrodollar, la mise en cause du système de Bretton Woods et l’amorce d’une réaction en chaîne entraînant les autres pays du Conseil de coopération du Golfe.

 

Comment en est-on arrivé là ?

Il y a plusieurs raisons. Paradoxalement, la révolution du gaz et du pétrole de schiste, qui va rendre les Etats-­Unis indé­pendants du point de vue énergétique, accentue la perte de puissance du dollar. Depuis que les USA ne dépendent plus de l’Arabie saoudite pour leur approvisionnement en pétrole, les Saoud doivent diversifier leurs exportations. Or, la Chine est devenue le plus important pays importateur de pétrole, donc un client aux dimensions phénoménales. Riyad est donc devenu vulnérable aux pressions chinoises en partie à cause de cette révolution du gaz de schiste aux Etats­-Unis, qui eux perdent en influence globale.

 

Quelles sont les autres raisons ?

L’ouverture faite par Barack Obama vis­-à­-vis de l’Iran a rendu l’Arabie saoudite et Israël méfiants envers les Etats­-Unis dont l’échec militaire et politique en Syrie est aujourd’hui patent. En outre, la mainmise de la Russie en Syrie a poussé Riyad à se rapprocher pragmatiquement des Russes. Si Moscou parvenait à faire opter l’Arabie saoudite pour les pétro­yuans, ce serait “la fin des haricots” pour Washington.

 

Vous liez également la mise à l’écart du Qatar par les USA à la volonté de Doha de s’affranchir du dollar.

 

Il faut comprendre que ce qui se passe en Syrie est d’une portée stratégique qui dépasse largement la région du Golfe. La survie ou le remplacement des anciens pôles d’influence entre puissances majeures sont en jeu. Dans ce maelström, le Qatar est un pion important. Lié énergé­tiquement à l’Iran et à la Russie, lui aussi doit réévaluer ses alliances pour tempé­rer les effets de son double échec : Doha a échoué à déstabiliser la Syrie après le fiasco des “printemps arabes” égyptien et tunisien, comme à concurrencer l’influence saoudienne. Prenant acte des nouvelles influences de la Russie et de l’Iran dans la région, le Qatar se rapproche de Téhéran et de Moscou. Dans ce contexte, Washington craignait et craint toujours que, dans sa quête d’autonomie stratégique, Doha n’accepte lui aussi de libeller ses contrats gazier en yuans.

 

Entretien réalisé par Laurent Lambrecht
pour La Libre Belgique du lundi 16 octobre 2017.

Source :
BOUGER LES LIGNES -
C. Galactéros

 

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